RESPONSABILITÉ


RESPONSABILITÉ
RESPONSABILITÉ

La notion de responsabilité prend place à la double jonction de l’éthique et du métaphysique, d’une part, de l’éthique et de l’anthropologique, de l’autre.

En proclamant la responsabilité du sujet nouménal sans autre preuve que la douteuse évidence d’une «loi morale» dont histoire et psychologie incitent à penser qu’elle n’est, en réalité, que le produit d’une évolution, le métaphysicien se montre infidèle au principe de la critique. Le sociologue, de son côté, ne satisfait pas entièrement le besoin de comprendre qui anime le théoricien du phénomène moral, car l’enregistrement des «faits de responsabilité» laisse échapper l’essence des situations étudiées: le vécu de la responsabilité. Serait-il possible de concevoir un mode d’appréhension phénoménologique accordant la place qui lui revient à l’élément spécifiquement éthique de toute situation de responsabilité, à savoir l’attitude qu’adopte le sujet en présence de l’autorité qui le rend responsable?

Au début de la «Deuxième Dissertation» de La Généalogie de la morale , Nietzsche évoque «la longue histoire des origines de la responsabilité». La responsabilité n’appartient pas à l’être de l’homme comme une propriété naturelle. La société, par le moyen d’un implacable dressage, impose à cet animal «nécessairement oublieux» la discipline du devoir et rend son comportement «calculable» (berechenbar ). L’aptitude à répondre de soi instaure la morale et traduit l’assujettissement. À l’ontologie kantienne de l’obligatoire Nietzsche entend substituer une phénoménologie de l’obligé, dont la tâche sera de reconstituer la genèse d’une morale qui n’a rien d’a priori ni d’apodictiquement certain.

N’est-ce point abolir toute idée de responsabilité réelle? «Au-delà du Bien et du Mal», sur quoi se fonderait l’obligation de répondre? Mais «au-delà du Bien et du Mal» ne signifie pas «au-delà du bon et du mauvais». Le philosophe veut rétablir la vraie hiérarchie des valeurs. Il prend en charge le destin de l’espèce et se révèle «l’homme de la plus vaste responsabilité» – der Mensch der umfänglichsten Verantwortlichkeit (Par-delà bien et mal ). Tout vouloir implique un sujet et engage une éthique; à l’inverse, toute éthique s’enracine dans le vouloir d’un responsable. En établissant que l’individu est fait responsable par le groupe qui s’attache à le domestiquer, le «psychologue» contribue à l’élaboration d’une science de la moralité qui dévoilera l’imposture de l’impératif. Mais il décèle en même temps le pouvoir humain premier de se faire responsable. L’acte par lequel l’homme se constitue comme sujet dans le champ du langage et de l’expérience appartient au même registre que l’évaluation et relève de la même certitude.

L’attitude de responsabilité

Dans l’avoir à [répondre] transparaissent les caractéristiques formelles de l’obligation.

L’obligation oblige quelqu’un: la responsabilité vise un responsable. Sans cet assujetti (sujet à), elle n’aurait ni sens ni réalité. Elle a pu, dans le passé, concerner des objets: ceux-ci n’étaient jugés responsables qu’en tant que médiateurs d’un vouloir mauvais. Pour qu’il y ait responsabilité, il faut d’abord que quelqu’un soit là, qui ait à répondre.

Présence nécessaire mais non suffisante: il faut encore que l’autorité par laquelle le sujet se trouve fait responsable s’offre à lui sous les traits d’un pouvoir légitime. Antigone peut être jugée et condamnée sur ordre de Créon: elle se veut responsable devant d’autres lois que celles du tyran. La situation qui s’établit entre eux ne présente en rien les caractères d’une situation de responsabilité. Antigone n’a pas à répondre de son acte devant Créon, parce qu’elle ne se reconnaît pas responsable devant lui. L’obligation vraie compose une situation dialectique à l’intérieur de laquelle «obligateur» et «obligé» se déterminent réciproquement. L’obligateur peut contraindre; il n’a pas le moyen d’établir à lui seul le système des relations qui créent le champ éthique de la responsabilité.

L’obligation n’a donc de sens que par l’attitude qu’adopte à l’égard de l’obligateur un obligé qui se fait obligateur de soi. À partir du moment où le sujet accepte qu’on le fasse responsable, le mouvement par lequel il s’oblige inaugure le jeu dans lequel obligateur et obligé se trouvent conjointement engagés. S’il dénie à l’autorité le droit de lui demander raison de ses actes, nulle coercition ne parviendra à fonder sa responsabilité dans l’ordre éthique. Il n’est responsable que s’il se veut tel.

Sa réponse marque d’abord le consentement à la parole. Prenant la parole, il accepte d’entrer en communication avec l’autre. À l’opposé, le «démoniaque» kierkegaardien refuse de répondre: niant le bien-fondé de la question, le questionné s’enferme dans le silence.

Mais la parole prise n’est pas seulement ouverture, volonté de communiquer. Elle satisfait à une interrogation déterminée: celle qui porte sur l’identité de l’auteur de l’acte. À la question «qui?» le sujet répond en se désignant. Réponse minimale qui met au jour la face subjective d’une déclaration d’être dont la désignation par autrui forme le revers objectif. Le champ de la responsabilité ne s’établit que par l’équilibre de cette double affirmation. C’est pourquoi, de la part du sujet, la prise de responsabilité revêt souvent l’aspect d’une revendication, voire d’un défi.

Ainsi le sujet prend-il la parole pour se désigner. Mais devant qui?

Sa réponse ne s’adresse en principe qu’à cet Autre dont il découvre l’existence et reconnaît la valeur. Autorité suppose altérité. Même si l’on parvient à concevoir l’idée d’une responsabilité devant soi-même, ce ne peut être qu’à la condition d’admettre l’hypothèse d’une scission provoquée par l’intériorisation de l’obligateur. Cette dualité par laquelle le conflit se reproduit et se joue dans l’intimité du sujet caractérise, selon Freud, la conscience morale. Sans doute faut-il distinguer de la culpabilité névrotique qu’engendre l’action du surmoi la forme d’obligation réfléchie par laquelle le sujet s’impose de faire ce qu’il croit devoir faire pour être tel qu’il croit devoir être: responsabilité propre à l’ego , que Freud a négligée, occupé qu’il était à ruiner les prétentions de l’impératif catégorique. Elle semble requérir, elle aussi, la présence à soi d’un être que ne dissocie jamais totalement la fissure de la réflexivité, mais dont le langage au moins trahit le dédoublement partiel.

Le responsable répond au juge qu’il se donne. De quoi répond-il?

Alors que l’engagement porte sur l’avenir, la responsabilité concerne le passé (et le présent, mais dans la seule mesure où le présent passe et où l’acte en cours prend consistance de fait accompli). S’engager, c’est décider à l’avance de se faire responsable de ce que l’on aura fait. L’engagement est une responsabilité au futur antérieur. La responsabilité actuelle porte sur ce qui a été fait. Mais il ne suffit pas d’en souligner l’intentionnalité rétroversive: il faut inclure le sujet dans son acte. La responsabilité ne met pas seulement en jeu l’avoir-fait; elle vise encore et surtout le fait, pour quelqu’un, de l’avoir fait. Elle soude l’acte à l’agent.

Ainsi l’analyse de l’attitude de responsabilité découvre-t-elle la singularité du sujet concret. Dans la syntaxe de l’éthique, responsabilité et exercice de la fonction sujet ne font qu’un. Au déroulement d’un processus impersonnel ne s’applique nul jugement de responsabilité, à moins que l’on n’imagine, au principe de ce qui deviendrait alors acte de faire et d’avoir fait, une quelconque intention, providentielle ou diabolique. La réponse ne peut être le fait que d’un être capable de faire.

L’idée de responsabilité

Est-ce une forme d’ordre que défend le théoricien lorsqu’il met en avant le principe de responsabilité? Dans ce cas, ne se rend-il pas complice de ceux à qui la morale sert de caution? Voilà qui aiderait à comprendre, outre le sens des tentatives de «démystification» de la notion de responsabilité, les aspects multiples sous lesquels se présente la tentation de l’irresponsabilité.

L’irresponsabilité se découpe à l’horizon du champ dont les limites viennent d’être tracées. D’un côté, l’établissement d’une pseudo-responsabilité purement objective, s’appliquant du dehors, aliène l’individu-objet, le rendant inapte à l’exercice d’un authentique droit de réponse. De l’autre, l’exaltation d’une pseudo-responsabilité entièrement subjective, manifestant la liberté d’un vouloir qui se déploie dans le vide, proclame à la fois la toute-puissance et la solitude de l’Unique. N’y a-t-il pas quelque illogisme à introduire l’idée d’une responsabilité totale dans un univers métaphysiquement neutre et pour une conscience délivrée de l’obligatoire? Comment puis-je être «intégralement responsable» si Dieu n’existe pas, si nulle autorité n’offre à mes yeux le prestige de la respectabilité, si tout pour moi revient «au même»? Une fois démasqué le surmoi, que reste-t-il? Le dédoublement réflexif ne suffit pas à provoquer l’apparition de deux personnes qui se feraient face et dialogueraient en moi. Comment concevoir une responsabilité du sujet pris dans son état de pure subjectivité?

Pesée qu’exerce sur un être réduit à rien le groupe devenu tout; élan sauvage d’un vouloir pour qui tout semble permis: voilà les deux figures théoriques extrêmes de l’irresponsabilité, en deçà et au-delà. Des deux pôles antithétiques mais complémentaires du champ, aucun ne peut être privilégié, aucun sacrifié. La destruction du pôle subjectif dégrade la situation en une forme de contrainte unilatérale. En l’absence du pôle objectif, on n’assiste plus qu’à l’envol d’un vouloir niant toute juridiction et dont le sujet se prend pour mesure de toutes choses. Le champ de l’éthique coïncide avec celui de la responsabilité. Il se borne à l’étroite marge qui sépare la violence du cynisme. À l’intérieur s’inscrit la possibilité d’un refus délibéré. Pour qui s’en tient au problématique pratique et refuse de tirer ses secours d’une postulation métaphysique, la question devient simplement celle de l’élection par le sujet de l’autorité qu’il accepte de tenir pour légitime et devant laquelle il consent à se faire responsable.

On voit ce que signifie la défense du principe de responsabilité. Sans preuve de l’existence d’une responsabilité réelle inscrite dans l’être du sujet, on ne peut que reconnaître le caractère idéel de la notion. La responsabilité n’est pas un fait, mais une idée. Ne se fonde-t-elle pas sur un postulat: celui de l’identité personnelle du sujet proclamé «responsable»? La responsabilité pénale enchaîne l’accusé d’aujourd’hui au coupable d’hier. À l’encontre du poète, l’homme de l’éthique affirme: «Je est le même.» Car l’éthique requiert cette permanence substantielle, cette continuité du sujet dans le temps qu’exprime le pronom personnel.

Posant le sujet et le liant à lui-même, la responsabilité introduit le sérieux dans l’existence. L’irresponsable se délie de l’obligation. Défection du sujet, annulation de l’acte: sans sujet, pas de verbe. À ce désert que crée la désertion s’oppose la présence du responsable. Répondre, c’est se porter garant (re-spondere ). L’humanité, parce qu’elle se défait de la morale, répugne volontiers au sérieux de la responsabilité. Le sujet se réfugie dans l’anonymat. Tactique payante, lorsqu’on la compare à l’héroïsme maladroit de celui qui s’expose. Mais, en l’absence de courage personnel, n’est-ce point la justification même de l’acte qui perd son support? Non seulement la responsabilité introduit le sérieux dans l’existence, mais elle fonde la possibilité même d’une vie morale. Il n’y a pas plus de moralité sans sérieux que de moralité sans sujet. Ce qui me constitue comme sujet, c’est ma réponse.

Rien ne s’oppose au surgissement d’un monde sans sujets, système où les individus ne seraient que d’aveugles exécutants. Dans cet univers d’insectes, la responsabilité n’aurait pas plus de place que la conscience. Si l’on veut pouvoir sourire d’une telle perspective, il faut accepter en contrepartie de prendre au sérieux la tâche qui consiste à assumer une responsabilité problématique dans une entreprise incertaine. Soll Ich werden : voilà l’impératif. Le jeu de la responsabilité est celui de l’obligation réfléchie, de la parole prise et donnée. La fragilité d’un moi qui s’interroge sur lui-même et doute de ses pouvoirs, l’inquiétude qui le transit lorsqu’il pense que la mort marquera du sceau de la dérision la tâche à laquelle il se voue rendent cette responsabilité tragiquement aléatoire. La plus grande ironie rejoint le plus grand sérieux. Mais il faut choisir. C’est l’éthique elle-même qui se trouve impliquée, à titre de projet, dans chaque prise de position. L’éthique est le voulu de tous les vouloirs.

responsabilité [ rɛspɔ̃sabilite ] n. f.
• 1783; h. XVe; de responsable;cf. angl. responsibility (1733)
1Dr. constit. Obligation pour les ministres de quitter le pouvoir lorsque le corps législatif leur retire sa confiance. La responsabilité politique des ministres définit le parlementarisme.
2(XIXe) Obligation de réparer le dommage que l'on a causé par sa faute, dans certains cas déterminés par la loi. faute, imputabilité. Responsabilité civile, pénale, délictuelle, contractuelle. Responsabilité légale de l'employeur pour les accidents du travail. Responsabilité en matière d'accidents d'automobile. Responsabilité décennale des constructeurs. Responsabilité collective, partagée ( coresponsable) . Responsabilité internationale d'un État.
Obligation de supporter le châtiment. Responsabilité pleine et entière. Responsabilité atténuée (en cas d'anomalies physiologiques ou psychologiques). Responsabilité pénale du mineur.
Société à responsabilité limitée. S. A. R. L.
3Obligation ou nécessité morale, intellectuelle, de réparer une faute, de remplir un devoir, un engagement. Par ext. Le fait, pour certains actes, d'entraîner (suivant certains critères moraux, sociaux) des conséquences pour leur auteur; le fait d'accepter de supporter ces conséquences. répondre (de). « Nous prenons le mot de “responsabilité” en son sens banal de “conscience [d'] être l'auteur incontestable d'un événement ou d'un objet”. Cette responsabilité est simple revendication logique des conséquences de notre liberté » (Sartre). De lourdes responsabilités. Accepter, assumer une responsabilité. Prendre la responsabilité d'une affaire, accepter d'en être tenu pour responsable. ⇒ endosser, prendre (sur soi) (cf. Prendre à son compte, sous son bonnet; faire qqch. à ses risques et périls). Rejeter sur qqn la responsabilité d'un crime, d'une erreur (cf. Faire porter le chapeau). Décliner toute responsabilité (cf. Se laver les mains). Avoir, acquérir le sens des responsabilités. responsabiliser. Prendre ses responsabilités : agir, se décider en acceptant les obligations qui en découlent. — Avoir la responsabilité de qqn, en être responsable (cf. Avoir charge d'âme).
Par ext. Charge, poste, situation qui entraîne des responsabilités. Promouvoir qqn à une haute responsabilité.
⊗ CONTR. Irresponsabilité.

responsabilité nom féminin Obligation ou nécessité morale de répondre, de se porter garant de ses actions ou de celles des autres : Décliner toute responsabilité en cas de vol. Fait d'être responsable d'une fonction : Il a la responsabilité de tout un secteur. Fonction, position qui donne des pouvoirs de décision, mais implique que l'on en rende compte (surtout pluriel) : Avoir des responsabilités dans un syndicat. Fait pour quelque chose d'être la cause, l'origine d'un dommage : La responsabilité de l'alcool dans beaucoup d'accidents.responsabilité (citations) nom féminin Claude Aveline Paris 1901-Paris 1992 Ne jamais dire : « C'est leur faute. » C'est toujours notre faute. Avec toi-même, etc. Mercure de France Simone de Beauvoir Paris 1908-Paris 1986 Une absurdité responsable d'elle-même, voilà ce que je suis. Le Sang des autres Gallimard Jean Prévost Saint-Pierre-lès-Nemours 1901-près de Sassenage, Vercors, 1944 Me juger toujours responsable ; autrui, jamais. Les Caractères Albin Michel Paul Raynal Narbonne 1885-Paris 1971 Chacun est pleinement responsable de tous. Le Tombeau sous l'Arc de triomphe Stock Antoine de Saint-Exupéry Lyon 1900-disparu en mission aérienne en 1944 Chacun est seul responsable de tous. Pilote de guerre Gallimard Antoine de Saint-Exupéry Lyon 1900-disparu en mission aérienne en 1944 Nul ne peut se sentir, à la fois, responsable et désespéré. Pilote de guerre Gallimard Jean-Paul Sartre Paris 1905-Paris 1980 On ne fait pas ce qu'on veut et cependant on est responsable de ce qu'on est. Situations II Gallimard Sophocle Colone, près d'Athènes, entre 496 et 494 avant J.-C.-Athènes 406 avant J.-C. Mes actes, je les ai subis et non commis. Œdipe à Colone, 266-267 (traduction Mazon) Commentaire C'est Œdipe qui se justifie. Sophocle Colone, près d'Athènes, entre 496 et 494 avant J.-C.-Athènes 406 avant J.-C. La route que j'ai suivie, je l'ai suivie sans rien savoir. Œdipe à Colone, 273 (traduction Masqueray) Commentaire Justification présentée par Œdipe. Bible Celui qui a péché, c'est lui qui mourra. Un fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils : au juste sera imputée sa justice, et au méchant sa méchanceté. Ancien Testament, Ézéchiel XVIII, 20 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Luigi Pirandello Agrigente 1867-Rome 1936 Nous avons toujours besoin de rendre quelqu'un responsable de nos ennuis et de nos malheurs. Noi abbiamo bisogno d'incolpar sempre qualcuno dei nostri danni e delle nostre sciagure. Feu Mathias Pascal, XIII George Bernard Shaw Dublin 1856-Ayot Saint Lawrence, Hertfordshire, 1950 Liberté implique responsabilité. C'est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent. Liberty means responsibility. That is why most men dread it. Maxims for Revolutionists responsabilité (expressions) nom féminin Assurance de responsabilité, assurance qui couvre les dommages causés aux tiers par le navire, mais qui ne produit d'effet qu'en cas d'insuffisance de la somme assurée par l'assurance sur corps. Prendre ses responsabilités, agir en pleine connaissance du fait que l'on peut être tenu pour responsable de quelque chose. Responsabilité civile, obligation imposée par la loi de réparer le dommage causé à autrui soit par l'inexécution d'une obligation née d'un contrat (responsabilité contractuelle), soit par un acte fautif accompli avec ou sans intention de nuire ou encore par le fait d'une personne, d'une chose ou d'un animal dont on doit répondre (responsabilité délictuelle ou quasi-délictuelle). Responsabilité collective, fait de considérer tous les membres d'un groupe solidairement responsables d'un fait collectif ou d'un acte commis par l'un de ses membres. Responsabilité du fait d'autrui, obligation de réparer les dommages causés aux tiers, qui pèse sur certaines personnes en raison de leurs liens avec l'auteur du préjudice. (Exemple : le père et la mère sont solidairement responsables du dommage causé par leurs enfants mineurs habitant avec eux.) Responsabilité gouvernementale, mécanisme selon lequel le gouvernement peut être amené à démissionner sous l'action du Parlement. (En France, elle est mise en œuvre devant l'Assemblée nationale par la question de confiance et la motion de censure.) Responsabilité médicale, obligation pour le médecin d'éviter tout dommage à son malade et, dans le cas contraire, de le réparer. Responsabilité pénale, obligation de répondre de ses actes délictueux et, en cas de condamnation, d'exécuter la sanction pénale prévue pour cette infraction. Responsabilité de la puissance publique (ou de l'Administration), système qui permet aux particuliers d'obtenir réparation des dommages provoqués par les agents de l'Administration.

responsabilité
n. f. Fait d'être responsable. La responsabilité suppose la possibilité d'agir en connaissance de cause.
Fuir les responsabilités.
|| Par ext. Avoir un poste de responsabilité, où l'on est amené à prendre des décisions importantes.
|| DR Responsabilité civile: obligation de réparer les dommages que l'on a causés à autrui de son propre fait ou de celui de personnes, d'animaux, de choses dont on est responsable.
Responsabilité pénale: obligation de subir la peine prévue pour l'infraction dont on est l'auteur ou le complice.
|| Responsabilité ministérielle: dans un régime parlementaire, obligation faite à l'ensemble des ministres, au gouvernement, de démissionner quand le Parlement lui retire sa confiance.

⇒RESPONSABILITÉ, subst. fém.
A. — 1. Obligation faite à une personne de répondre de ses actes du fait du rôle, des charges qu'elle doit assumer et d'en supporter toutes les conséquences. Accepter, décliner, dégager, encourir, endosser, engager, prendre, refuser, rejeter, revendiquer une responsabilité; idée, part, sentiment de responsabilité; sous ma/ta/sa responsabilité. Mon enfant, en te donnant ce conseil, j'assume une responsabilité lourde, je m'en rends compte (BERNSTEIN, Secret, 1913, I, 7, p. 11).
Responsabilité morale. Nécessité pour quelqu'un de répondre de ses intentions et de ses actes devant sa conscience. Deux suicides retentissants vinrent souligner leur responsabilité morale (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p. 162).
Prendre ses responsabilités. Ce n'est un secret pour personne que pendant des années toutes les fois qu'il y eut au Conseil Supérieur de l'Instruction Publique une affaire embarrassante, c'est-à-dire une affaire où il fallait prendre ses responsabilités, M. Lavisse était malade (PÉGUY, Argent, 1913, p. 1268).
2. Spécialement
DR. ADMIN. Responsabilité (de la puissance publique). ,,Les personnes morales de droit public peuvent voir leur responsabilité engagée à l'égard des particuliers ou d'autres collectivités publiques soit pour faute, soit sans faute (responsabilité dite de risque)`` (Jur. 1981). Enfin, le nouveau règlement fixait très nettement la responsabilité de l'administration (PRADELLE, Serv. P.T.T. Fr., 1903, p. 46).
DR. CONSTIT. Responsabilité politique. ,,Obligation pour le titulaire d'un mandat politique de répondre de son exercice devant celui ou ceux de qui il la tient`` (Jur. 1971) Responsabilité ministérielle. ,,Technique essentielle du régime parlementaire permettant à l'organe législatif de contraindre le gouvernement à démissionner`` (DEBB.-DAUDET Pol. 1978). Instabilité ministérielle accrue, certes, du fait de la mise en jeu libre de la responsabilité ministérielle par la « pseudo-question de confiance » (VEDEL, Dr. constit., 1949, p. 583). Responsabilité du gouvernement. ,,Selon la constitution, le Premier ministre, après délibération du conseil des ministres (...) engage la responsabilité du gouvernement sur son programme ou, éventuellement, sur une déclaration de politique générale`` (DEBB.-DAUDET Pol. 1978).
DR. CIVIL. Responsabilité civile. Obligation pour une personne de réparer un dommage subi par autrui à la suite de l'événement dont elle est responsable. L'entraide a fait l'objet de dispositions spéciales de manière à régler des problèmes délicats de fiscalité, de législation sociale, de responsabilité civile, et d'assurance qui pouvaient en restreindre la pratique (BELORGEY, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 371). Responsabilité contractuelle. ,,La partie à un contrat qui n'exécute pas ses engagements est responsable de cette inexécution`` (CIDA 1973). La responsabilité contractuelle découle de l'art. 1146 du code civil et donne lieu à des dommages intérêts en réparation du préjudice subi (BARR. 1974). Responsabilité des artisans. ,,Les artisans sont responsables des dommages causés par leurs apprentis mineurs pendant le temps que ceux-ci sont sous leur surveillance`` (CIDA 1973). Responsabilité des père et mère. ,,Les père et mère sont responsables des fautes commises par leur enfant mineur qui habite avec eux`` (CIDA 1973). Responsabilité du fait des animaux. ,,Celui qui a un animal sous sa garde est présumé responsable des dommages qu'il peut causer`` (CIDA 1973). Responsabilité du fait des bâtiments. ,,Le propriétaire d'un bâtiment est responsable des dommages causés par la ruine à condition qu'elle soit la cause d'un défaut d'entretien ou d'un vice de construction`` (CIDA 1973). En ce qui concerne les bâtiments, l'article 1386 règle différemment la responsabilité (BARR. 1974). Responsabilité du fait des choses inanimées. ,,Celui qui a la garde d'une chose est présumé responsable des dommages causés par elle`` (CIDA 1973). Responsabilité locative. ,,Obligation pour le locataire de réparer les dommages survenus dans les locaux qu'il occupe`` (CIDA 1973).
DR. PÉNAL. Responsabilité pénale. ,,Obligation de répondre de ses actes délictueux en subissant une sanction pénale dans les conditions et selon les formes prescrites par la loi`` (Jur. 1981). Responsabilité pénale atténuée; responsabilité pénale pleine et entière. Dans cette perspective, la peine revêt un caractère nettement moral et présuppose une faute du coupable. En d'autres termes, il n'y a d'autre responsabilité pénale que la responsabilité subjective (Traité sociol., 1968, p. 217).
DR. COMM. Société à responsabilité limitée (S.A.R.L.). Société dans laquelle la responsabilité des associés est limitée au montant de leur apport. La dénomination de la société sera dorénavant « Henri A. et Cie », société à responsabilité limitée au capital de 50 000 francs (Un Contrat de société, 1928 ds Doc. hist. contemp., p. 161).
B. — P. ext., souvent au plur. Charge entraînant la prise de décisions importantes et obligeant celui qui en est investi à rendre compte de ses actes et de ses résultats à ceux qui la lui ont confiée. Responsabilité professionnelle; accepter, être investi de hautes, importantes, lourdes responsabilités. Mais M. Daladier, qui, depuis plusieurs années, portait la responsabilité de la défense nationale, avait épousé le système en vigueur (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 27):
À force d'ennuyer un homme, de le bourrer de soucis, de responsabilités, d'obligations, de scrupules, de décisions à prendre, de retours sur lui-même, on peut arriver à l'ahurir et à le ronger tellement, qu'il n'oppose plus de résistance à une volonté, même quand il la connaît mauvaise...
MONTERHL., Lépreuses, 1939, p. 1407.
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1798. Étymol. et Hist. 1re moit. XVe s. responsabiliteit « obligation de répondre de ses actes » (J. DE STAVELOT, Chron., p. 566 ds GDF. Compl.), attest. isolée; à nouv. 1783 (Cour. de l'Europe, 21 nov., discours de Fox [trad. de l'angl.] ds PROSCHWITZ Beaumarchais, p. 292). Dér. de responsable; suff. -ité; cf. angl. responsibility att. en 1766 (Gentleman's Magazine cité par G. von PROSCHWITZ, Actes du Xe congrès de ling. et philol. rom., t. 1, p. 389); v. aussi BRUNOT t. 9, pp. 1050-1053 qui illustre l'engouement pour ce mot, à la fin du XVIIIe s., dans la lang. des journaux et des discours pol. Fréq. abs. littér.:1 801. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 1 280, b) 1 286; XXe s.: a) 2 473, b) 4 390. Bbg. BENDLIN (I.-I.). Responsabilité pour fauteresponsabilité sans faute... Heidelberg, 1982, passim. — BRUNOT (F.). Responsabilité. In: [Mél. Jespersen (O.)]. Copenhagen; London, 1930, pp. 401-404. — DUB. Pol. 1962, pp. 405-406 (s.v. responsabilité ministérielle). — GOHIN 1903, p. 273. — RANFT 1908, p. 57.

responsabilité [ʀɛspɔ̃sabilite] n. f.
ÉTYM. 1783-1784 dans des traductions de discours de Fox (Courrier de l'Europe, cité par von Proschwitz); de responsable, angl. responsibility (1733), en dr. constit., de responsible « responsable »; les sens 2 et 3 apparaissent au XIXe. REM. La forme responsibiliteit, dér. de l'anc. franç. responsible, est attestée au XIVe.
1 Dr. constit. Obligation pour les ministres de quitter le pouvoir lorsque le corps législatif leur retire sa confiance (→ Motion, cit. 3). || La responsabilité politique des ministres définit le parlementarisme (cit. 3).
1 Avez-vous jamais pu vous dissimuler à vous-mêmes que l'inviolabilité du roi était intimement liée à la responsabilité des ministres; que vous aviez transféré du roi aux ministres l'exercice réel de la puissance exécutive, et que, les ministres étant les véritables coupables (…)
Mirabeau, Disc. du 14 juillet 1791, in Œ., t. I, p. 84.
2 (XIXe). Dr. En droit civil, Obligation de réparer le dommage que l'on a causé par sa faute ou dans certains cas déterminés par la loi. Faute (II., 2.); imputabilité. || Responsabilité civile, de l'auteur d'une faute qui résulte d'une infraction à la loi pénale. || Responsabilité contractuelle, du débiteur qui n'a pas ou qui a mal exécuté une obligation. || Responsabilité délictuelle. || Responsabilité légale, imposée par la loi dans des cas déterminés (responsabilité de l'employeur pour les accidents du travail,…). || Responsabilité du fait d'autrui (du père, d'un commettant pour les dommages causés par un enfant mineur…), du fait des animaux (du propriétaire, du gardien; → Incomber, cit. 1), du fait des choses inanimées.Responsabilité en matière d'accidents d'automobile…
Responsabilité collective : fait de considérer que tout un groupe est solidairement responsable d'un acte commis par l'un de ses membres.
(Déb. XXe). Dr. pénal. Obligation de supporter le châtiment. || Responsabilité pleine et entière. || Responsabilité atténuée (en cas d'anomalies physio- ou psychologiques). || Les circonstances (atténuantes ou aggravantes) influent sur le degré de responsabilité. aussi Irresponsabilité. || Appréciation de la responsabilité pénale d'un prévenu par le tribunal, après expertise psychiatrique. || Responsabilité pénale possible du mineur, de 13 à 18 ans (avec excuse atténuante de minorité).Spécialt. || Responsabilité pénale des ministres (à distinguer du sens 1).
Dr. comm. || Société à responsabilité limitée (S. A. R. L.), dans laquelle la responsabilité des associés est limitée au montant de leur apport.
3 Cour. Obligation ou nécessité morale, intellectuelle de réparer une faute, de remplir un devoir, une charge, un engagement. Par ext. Le fait, pour certains actes, d'entraîner — suivant certains critères moraux, sociaux — des conséquences pour leur auteur ( Sanction); le fait d'accepter, de supporter ces conséquences. Répondre (de ses actes). || Responsabilité disciplinaire d'un médecin devant le conseil de l'Ordre.L'idée de responsabilité est liée à celle de liberté, de conscience. || Responsabilité directe (cit. 3) ou indirecte. || De lourdes responsabilités (→ Absent, cit. 7). || Le fardeau des responsabilités. || Le sentiment des responsabilités, de responsabilité (→ Ouvrier, cit. 13).La responsabilité de chacun est engagée (→ Fuite, cit. 7).Accepter, assumer (cit. 6) une responsabilité (→ Entrave, cit. 4). || Prendre la responsabilité de…, accepter d'en être tenu pour responsable. Endosser, prendre (sur soi); → Prendre sous son bonnet, sur son compte, sur sa tête…; faire qqch. à ses risques et périls (→ 1. Faux, cit. 8). || Revendiquer, prendre, assumer ses responsabilités (→ Contemporain, cit. 3).Porter la responsabilité de ses fautes. Endosser. || Imputer (cit. 8) à qqn la responsabilité d'un acte. || Rejeter sur qqn une responsabilité (→ Désolidariser, cit. 1). || Décliner toute responsabilité et se laver les mains de qqch. || Faire peser la responsabilité sur… (→ Cause, cit. 29).Avoir la responsabilité de qqn, en être responsable (→ Avoir charge d'âme). || Soulager qqn d'une responsabilité trop lourde. Décharger (II.). || Les responsabilités du chef, du pouvoir.
2 L'idée exprimée est une responsabilité acceptée. C'est pourquoi l'écrivain est intime avec le style. Il ne livre rien au hasard. Responsabilité entraîne solidarité.
Hugo, Post-Scriptum de ma vie, « L'esprit », Les grands hommes, I.
3 Leurs continuels efforts tendaient à rejeter à tour de rôle la responsabilité du crime, à se défendre comme devant un tribunal, en faisant mutuellement peser sur eux les charges les plus graves.
Zola, Thérèse Raquin, XXVIII.
4 La responsabilité est la solidarité de la personne humaine avec ses actes, condition préalable de toute obligation réelle ou juridique.
M. Blondel, in Lalande, Voc. de la philosophie, art. Responsabilité.
5 (Ponce Pilate) cédait à la pression populaire, mais entendait signifier qu'il n'assumait point la responsabilité de la décision. Il prit de l'eau et se lava les mains devant le peuple.
Daniel-Rops, Jésus en son temps, X, p. 533.
6 (…) l'homme (…) est responsable du monde et de lui-même en tant que manière d'être. Nous prenons le mot de « responsabilité » en son sens banal de « conscience d'(être) l'auteur incontestable d'un évènement ou d'un objet » (…) Cette responsabilité absolue n'est pas acceptation d'ailleurs : elle est simple revendication logique des conséquences de notre liberté.
Sartre, l'Être et le Néant, p. 639.
(XXe). Charge, poste, situation qui entraîne des responsabilités. || Promouvoir qqn à une haute responsabilité (→ État-Major, cit. 3).
Fig. || Avoir la responsabilité de… : être l'agent, la cause de… Responsable.
CONTR. Irresponsabilité (REM. La forme non-responsabilité apparaît dès 1784).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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